La presse et la radio ont largement évoqué ce que l’on appelle désormais « l’affaire de la Comédie-Française et de la MC93 à Bobigny » et la fusion annoncée de ces deux théâtres publics. Ce blog a ouvert ses colonnes pour un temps à celles et ceux qui connaissent et fréquentent la MC93 et sont attachés à ce que ce théâtre continue d’innover, créer et fidéliser le plus large public, en toute indépendance, comme il le fait depuis près de trente ans. Depuis quelques mois, le silence s’est fait : pas de communication de la part du ministère, rien non plus d’audible du côté de la Comédie-Française ou de la MC93, rien à l’attention des simples spectateurs que nous sommes. Nous mettons donc cette catégorie en stand-by et y reviendrons en cas d’actualité (bonne ou mauvaise). Merci pour vos contributions et votre vigilance et n’hésitez pas à nous alerter.
Adeline W, mise à jour le 26 avril 2009
Les articles publiés sont toujours disponibles dans la catégorie MC93 “à la une”
et pour mémoire, le site de la MC93 : www.mc93.com
Quelques contributions :
Bernard Faivre d’Arcier
Je n’arrive pas à croire à la réalité de ce plan qui aurait conduit à la disparition d’une direction artistique indépendante de la MC93, tellement il me parait absurde, inopérant, inutile et maladroit. Il ne sert pas même les intérêts et les missions de la Comédie-Française. Il est source de confusion et de conflit. Il ne sert pas les objectifs d’accès à la culture qu’on pourrait attendre. Point final
Le 4 octobre 2008
Ismini Vlavianou, enseignante Lettres et Théâtre au lycée Louise Michel - Bobigny, abonnée.
Au lycée, je dis à mes élèves qu’ils viennent pour étudier ce qu’ils ne connaissaient pas. Puis, je les emmène à la MC93 où ils apprennent à aimer ce qu’ils ne connaissaient pas: la scène qui interroge acteurs et spectateurs.
La MC93 est l’école de spectateur pour des générations de lycéens balbyniens. Mes élèves ne comprendront jamais la disparition de leur théâtre, de leur école.
Avec tout mon soutien à Patrick Sommier, homme de théâtre unique, et toute l’équipe de la MC93.
Le 5 octobre 2008
Josette Féral, Ecole supérieure de théâtre Université du Québec à Montréal. Montréal, Canada
Cher Patrick
Je viens d’apprendre que la MC-93 est menacée, que tout ton travail et celui de ton équipe est remis en question , pour ne pas dire, bafoué et qu’il est question que ce lieu devienne une annexe de la Comédie-française. Je suis atterrée , consternée. Quel raisonnement a pu mener à une telle aberration ? Et pourquoi? Paris et sa banlieue aurait-il trop de théâtres? Une programmation diversifiée est-elle un handicap? L’ouverture est-elle un danger? Je ne reviens pas de l’absurdité d’un tel geste. Pourquoi détruire une scène dont la programmation a toujours été riche et ouverte sur la réalité des pratiques d’autres pays et d’autres continents. Pour de nombreuses personnes qui comme moi vivent à l’Étranger, la MC93 a toujours été une référence, une des scènes qui a toujours permis la découverte et qui est véritablement en prise avec les esthétiques théâtrales de notre époque. Je veux te dire mon soutien et j’espère vivement qu’un pays qui sert de modèle aux autres en matière culturelle ne fera pas preuve d’obscurantisme. Avec toutes mes amitiés, Le 6 octobre 2008
Pierre T
Je suis de ceux qui traversent Paris du sud au nord, qui courent vers minuit sur le boulevard Lénine (c’est qui encore, celui-là ?), pour attraper le dernier métro et rentrer dans leur banlieue à eux, où on ne risque pas de voir les mises en scène de Lev Dodine, de se sentir la gorge nouée quand des comédiens hongrois, ou un metteur en scène bulgare donnent Tchékov ou Shakespeare (eh oui, mon bon monsieur, il y a même des sous-titres, figurez-vous…). Vous aurez compris sans doute que je suis un dangereux élitiste, loin des foules populaires qu’attire la Comédie-Française. Je me souviens pourtant de ces jeunes, visiblement venus du si redoutable 93, et sans doute emmenés là par des enseignants attentifs. Un peu chahuteurs, peut-être, et pas aussi raffinés qu’on le souhaiterait à l’Odéon, mais eux aussi étaient là pour respirer l’odeur du vrai théâtre. Je veux croire encore qu’il se trouvera, parmi les acteurs de ce hold-up , des gens de théâtre qui auront un peu honte du mauvais rôle qu’on leur fait jouer ici, et ne voudront pas s’abaisser à une mise en scène un peu trop convenue. Tenez bon, et merci à toute l’équipe pour son travail exemplaire !
Georges Banu Président d’honneur de l’Association Internationale des Critiques de théâtre, Rédacteur en chef de la revue Alternatives théâtrales, Professeur d’Etudes Théâtrales à la Sorbonne Nouvelle.
De retour de Tbilissi, dans l’avion j’ai appris la nouvelle. Cette décision me semble absurde – par rapport aussi bien à la Comédie Française qu’à la Mc93 - sans parler de tout ce qu’elle comporte comme arbitraire propre au “fait du prince” pratiqué avec désinvolture par le Ministère depuis un certain temps. Rien, mais absolument rien, ne légitime une telle décision dépourvue de toute logique institutionnelle, territoriale et, encore plus…culturelle. Elle doit être abrogée et oubliée le plus rapidement possible, comme un “mauvais rêve”.
On n’étrangle pas, par un oukase rédigé à la hâte dans les hautes sphères, une institution comme MC93 qui s’est inscrite comme un pôle de référence dans le paysage théâtral français et européen. Les quelques arguments invoqués pour procéder à une pareille mise à mort peuvent être facilement démontés en raison même de leur manque de motivation et de leur faible, très faible, consistance de réflexion.
Mon soutien à la Mc93 est intégral face à ce scandale qui me surprend et “scandalise”.
Anatoly Smeliansky, Directeur du Théâtre d’Art de Moscou
Dear Patrick,
I did get a bad news from Lev Dodin about desire of ruining Bobigny, or to make out of Bobigny something that has nothing to do with the mission Bobigny played so many years in France, in French and European culture. Moscow Art Theatre and Moscow Art Theatre School had so many great events in Bobigny or with great help of you and Bobigny. It is a part of our cultural history of last two decades, it is a part of our freedom. You opened the doors of Bobigny to the best Russian and European theatres and artists, you did promote the ideas of new freedom and new opportunities for our countries. I could not imagine that such an institution could be ruined or drasticaly restructured. With all my heart I am with you. And I hope you will get support of all theatre people in Europe to stop this desire. Oleg Tabakov just called me from South Korea where he is on tour and asked strongly to express his support to you personally and Bobigny as one of the most important cultural institution of contemporary culture. Yours with all my heart,
Anatoly Smeliansky, Moscow Art Theatre School, Associate artistic director, Moscow Art Theatre
De Moscou
J’ai reçu par Lev Dodine une triste nouvelle : qu’on veut abattre Bobigny * ou bien d’en faire quelque chose qui n’a rien à voir avec la mission accomplie pendant des années par ton théâtre en France et en Europe.
Le Théâtre d’Art de Moscou et l’Ecole du Théâtre d’Art ont créé de grandes choses à Bobigny et ont pu s’ouvrir grâce à Bobigny.
C’est une part de notre propre histoire au cours des vingt dernières années. C’est une part de notre liberté. Tu as ouvert les portes de Bobigny aux meilleurs théâtres et artistes de Russie et d’Europe. Tu as promu les idéaux de liberté et de grands projets dans notre pays ont été réalisés grâce à toi.
Je ne peux m’imaginer qu’une institution comme celle-là puisse être anéantie ou puisse changer radicalement de fonction. De tout mon cœur, je suis avec toi. Et j’espère que tu recevras le soutien de beaucoup de théâtres en Europe pour arrêter cela. Tout notre soutien à toi et à ton équipe et à ton théâtre, une des plus importante institution de la culture contemporaine en Europe.
De tout mon cœur, Anatoly Smélianski
Recteur de l’Ecole du Théâtre d’Art de Moscou, Vice directeur du Théâtre d’Art, Professeur à Harvard
* parce que dans le monde entier pour parler de la MC93, on dit « Bobigny »
Olivier Rolin, le 4 oct 2008
Cher Patrick Sommier, chère Valérie Dardenne, chers amis de la MC93,
je suis absolument stupéfait du projet qui prétend vous faire disparaître pour faire place nette, si je comprends bien, à la Comédie Française. Et ce n’est pas l’amitié qui me fait m’insurger -même si le plaisir de vous retrouver, de discuter avec vous avant et après le spectacle, fait partie, pour beaucoup dont je suis, du plaisir, à la fois intelligent et affectif, qu’on a à fréquenter votre théâtre. Et ce n’est pas non plus que je croie qu’un théâtre soit la propriété d’une équipe - même si la façon pour le moins cavalière dont on vous prie, apparemment, de vider les lieux, a de quoi choquer.
Mais la MC93, ce ne sont évidemment pas des locaux dont vous seriez les occupants. C’est une exigence, une audace, un amour du beau, du risque aussi sans quoi il n’y a pas de beauté, un refus du vulgaire, c’est une école qui aide à penser. C’est un lieu qui m’a rendu le goût du théâtre qu’il m’était arrivé, je le confesse, de perdre. Je parle là en tant que “spectateur”, même si chez vous on n’encourage pas particulièrement la passivité du spectacle. Il y a un “charme” multiple, cosmopolite, ouvert à tous, de votre maison. Et puis, et là je parle en tant qu’écrivain, c’est un des très rares laboratoires où se tente une alliance entre la scène et la littérature contemporaine. J’ai travaillé avec vous, cela a été de beaux moments. J’espère recommencer, et cela sera plus beau encore, ne serait-ce que pour avoir été menacé.
Très solidairement, très amicalement,
Olivier Rolin (écrivain)
Hélène P.
Il y a des générations Bobigny. Je fais partie du public de la MC93 du dimanche après-midi, je suis de ces gens qui se déversent du métro et galopent dans le boulevard Lénine, par n’importe quel temps, avec l’assurance de trouver la vivacité, la surprise, le plaisir la stimulation intellectuelle et visuelle. On arrive, le grand hall est tout animé, les salles pleines, avec des personnes de tous âges et qui ont toutes envie de voir, d’entendre, de vivre du nouveau.
J’y ai appris le théâtre. J’y ai vu et vécu des programmations basées sur l’ouverture, la mise en contact avec l’évolution du goût, avec les théâtres étrangers, les grands classiques ou les inconnus, les textes originaux ou traduits, les mises en scène hardies et nouvelles, les points de vue divers.
Que Bobigny reste Bobigny, avec son indépendance, son audace son charme, sa simplicité et son esprit ouvert.
Bruno Boëglin, le 8 octobre 2008
Cher Patrick,
Crois bien, devant l’imbécillité crasse qui pèse sur quelques-uns d’entre nous, je me range complètement à tes côtés. Je te dis, Patrick, mon amitié, Bruno
Jean-François Perrier, le 8 octobre 2008
Celui qui n’a pas vu les cohortes de jeunes enfants blacks, blancs, beurs traverser le hall de la MC93, un soir de janvier 2006, leurs visages maquillés à l’égal des jeunes danseurs de l’Ecole d’Opéra de Pékin, celui qui n’a pas vu de la fierté dans les yeux écarquillés des parents et des amis des petits enfants immigrés de Bobigny invités par Peter Sellars à composer le chœur des « Héraclides » sur le plateau de la MC93, celui qui ne s’est jamais levé pour applaudir les acteurs allemands, hongrois, argentins, anglais, français, chinois, espagnols, japonais… qui viennent de soulever l’enthousiasme des spectateurs assis dans la salle de la MC93, celui là ne peut pas comprendre ce que représente cette MC93 pour un grand nombre d’amateurs de théâtre.
Ce grand vaisseau qui s’illumine la nuit pour faire entendre le théâtre dans cette ville de banlieue est le résultat d’une politique ambitieuse soutenue à l’origine par tous ceux, hommes politiques, artistes, techniciens, fonctionnaires du ministère de la Culture, qui pensaient que le théâtre d’art ne devaient pas seulement exister au cœur de Paris mais aussi à l’extérieur de la frontière du périphérique. Il y avait là une politique réfléchie sur le moyen terme, il y avait là la manifestation d’une envie de construire, d’inventer un projet généreux pour que le mot « hideux de banlieue », pour reprendre la terminologie d’André Malraux, ne soit plus synonyme de ségrégation culturelle. Ce n’étaient pas de joyeux utopistes inconscients de la réalité ceux qui ont aidé à faire vivre ce projet, c’étaient simplement des femmes et des hommes qui, au-delà de la simple constatation de l’état des choses, pensaient l’avenir.
Aujourd’hui il ne s’agit plus de penser l’avenir mais il s’agit seulement de communiquer, de faire des effets d’annonce, d’occuper le terrain, de faire semblant de faire, de faire croire qu’on va résoudre la fracture sociale et culturelle en installant de jolis coucous dans le nid bien chaudement construits par les directeurs successifs de cette Maison de la Culture…
A croire qu’au Ministère de la Culture l’analyse des échecs précédents initiés par le dit ministère, que je n’aurais pas la méchanceté de citer, n’est toujours pas à l’ordre du jour… Que le refus systématique de discuter les pratiques avec ceux qui les mènent, de les questionner, de profiter des expériences menées est l’alpha et l’oméga des décisions autoritaires et magouilleuses imposées sans aucun respect pour tous ceux qui TRAVAILLENT dans des conditions difficiles. Le mépris ici semble le disputer à la bêtise et à la méconnaissance.
Par ailleurs si j’étais membre de la Comédie-Française je ne sais pas si cela me plairait de voir ma Maison comparé au Stade de France, à la Tour Eiffel ou aux Arènes de Nîmes… J’aurai l’impression fâcheuse que l’on considère ma Maison comme un élément du patrimoine, figé dans le formol et la tradition, une sorte d’institution immuable qui doit venir apporter la bonne parole d’un théâtre classique à ces pauvres banlieusards incultes qui vont se précipiter dans les salles de la Comédie Française déconcentrée à Bobigny, tels des papillons attirés par la lumière… Quel mépris aussi pour cette grande Maison qui depuis tant d’années fait de louables efforts pour faire entendre un autre théâtre… et qui je l’espère mène une politique efficace pour faire venir dans ses 3 superbes salles parisiennes le maximum de jeunes de ces banlieues en tentant d’abaisser les fausses barrières que ces jeunes imaginent leur barrant l’entrée de ces lieux qu’ils considèrent comme « pas pour eux ». N’est-ce pas une belle mission déjà que de mêler dans les salles parisiennes les publics les plus divers comme peuvent le faire les théâtres dits de banlieue pour qui ce mélange est une pratique quotidienne. Les gérants temporaires actuels du Ministère de la Culture ne doivent sans doute pas ignorer que, de Paris, de banlieue ou de province, nombre de directeurs nommés par eux se préoccupent quotidiennement de mener une politique d’ouverture et de recherche d’un public le plus large possible malgré des difficultés dont ils ne sont pas responsables mais qu’ils doivent intégrer à leur politique artistique.
Quand donc arrêterons nous ces politiques qui nous font croire que parce que nous ne voulons pas faire table rase du passé nous sommes d’affreux réactionnaires récalcitrants à toute réforme, à toute évolution, accrochés à de soi-disant privilèges, alors que dans les métiers du théâtre ce n’est qu’évolution et remise en cause permanentes. N’est-ce pas le paradoxe le plus cocasse de cette situation que de demander à cette Comédie Française si attachée à son histoire et à ses statuts, à cette Comédie Française qui rend chaque année un hommage à son père mythique, le génial Molière, que de venir détruire une autre superbe histoire de théâtre qui ne demande que du temps pour continuer sa belle aventure. Heureusement que nul mauvais prophète n’a demandé, dans les périodes de crises qu’elle a connu, à la noble institution phare du théâtre français, de se saborder pour faire du neuf, pour supprimer les déficits, pour s’ouvrir à de nouveaux publics. Heureusement que d’honnêtes fonctionnaires de la culture ont fait confiance aux différents administrateurs et aux sociétaires en les aidant à surmonter ces crises… Arrêtons cette politique suicidaire pour nos maisons de théâtre qui consiste à tout détruire pour faire du neuf alors que nous savons tous que dans le domaine du théâtre nous ne sommes que les enfants, parfois et heureusement récalcitrants, de ceux qui nous ont précédés et que c’est sur ce passé que se construit le présent et le futur de nos pratiques artistiques. Arrêtons d’opposer ceux qui honnêtement, chacun à leur façon, oeuvrent pour que vive le théâtre dans ce tissus de « maisons de théâtre » unique en Europe dont la diversité est la plus grande richesse. Arrêtons cette politique de gribouille qui fait que, dans le même temps où l’on dit rechercher la transparence, dans les Entretiens de Valois, on mène des négociations secrètes dans des conciliabules de conspirateurs que l’on imagine armés de poignards et de poisons divers comme dans les plus célèbres drames romantiques. Laissons ces pratiques dans le placard des accessoires désuets et imaginons une autre façon de penser le futur du théâtre que nous aimons passionnément.
Sylvia FIZE-ROUSSEL, 8 octobre 2008
Monsieur,
Je me permets de vous écrire illico, c’est pourquoi cette feuille est si vilaine mais je ne voulais pas tarder à vous manifester ma sympathie et mon indignation devant les rumeurs (avérées) d’une OPA de la Comédie-Française sur la MC. Je vais à la MC depuis des années, je ne pourrais vous dire combien… mais j’y ai aussi emmené des élèves et des amis étant professeur d’anglais, anglophone, russophone et hispanophone, j’ai vu tous les spectacles de Lev Dodine, Deborah Warner etc…
Bien sûr qu’on peut taxer cela d’élitisme car les Français même de la middle class ont une piètre connaissance des langues étrangères, maintenant ils sont sauvés grâce aux surtitres.
Je viens de recevoir le programme de saison et j’ai été particulièrement touchée par l’introduction de Christian Bourgois. Je fais partie d’une famille pour qui le cosmopolitisme est « une raison d’être » (depuis trois générations), je ne me considère pas seulement européenne mais citoyenne du monde.
Je voudrais savoir si on va prendre des initiatives pour défendre le Bobigny que j’ai fréquenté et aimé plutôt que d’en faire une Comédie Française au rabais pour la banlieue.
Je constate que l’on grignote de plus en plus l’espace théâtral, moi qui ai été nourrie par Jean Vilar ce qui n’empêchait pas ma grand-mère de m’emmener à la comédie française une fois de temps en temps.
Avec mes sentiments cordiaux, Sylvia Fize-Roussel
Jean Pierre LACOSTE
Ancien conseiller de l’Office National de Diffusion Artistique - ancien directeur de l’Office de Diffusion et d’Information Artistique de Normandie.
Voilà un nouveau coup dur pour le théâtre et pour la décentralisation théâtrale. Peut-on oublier ce qui a fait l’histoire de cette maison et la rayer d’un trait de plume ? C’est oublier les miliers de spectateurs qui se pressent chaque saison pour découvrir - le mot fait toujours aussi peur alors ? - ce qu’on ne peut voir ailleurs : une réflexion sur le théâtre “engagé” d’aujourd’hui, un théâtre en phase avec les interrogations du citoyen, un théâtre qui ne mouline pas les sempiternelles rengaines de la “Kréâssion drâmaatike”, un théâtre pour tous ceux pour qui le monde actuel, avec ses turpitudes (en voici encore une avec ce projet stupide et grotesque qui voudrait nous faire croire que la Comédie Française est mieux armée que quiconque pour “conduire le bon peuple à l’autel de la bonne et vraie culture”) est inacceptable. Il faut soutenir l’équipe de la MC93 pour ce qu’elle a fait depuis de longues années et pour ce qu’elle fera encore. Il faut réclamer avec elle des moyens renforcés pour lui permettre de poursuivre ce travail dans la banlieue est. Il faut dire stop au mépris dont cette équipe vient de faire l’objet. Il faut exiger que le ministère de la culture cesse de prendre des décisions infondées et s’occupe seulement après coup des conséquences de celles-ci. Il faut s’insurger !
Marie Réaction “à chaud”…
Moi, je ne suis « rien de toutes ces catégories visibles »… ni comédienne, ni politique… et je pèse bien peu… Comment puis je vous aider ?
Je vois le monde s’effondrer autour de moi, et les lieux ou « je me sens bien » disparaissent les uns après les autres… je vais bientôt mourir d’ennui !
Chaque fois que je viens à la MC 93, j’espère une « surprise » : entendre un nouveau texte qui me bouleverse mes idées reçus et … je me sens plus intelligente - moins limitée et, curieusement, moins seule car c’est ça pour moi le théâtre : « se mettre à écouter avec les autres ». Et quand le spectacle, ou la représentation est ratée, c’est pas grave… c’est comme tout ce que l’on fait dans la vie, l’important c’est le désir ! Vous en connaissez beaucoup des endroits comme cela où l’on vient partager le geste, l’intention…et la joie parfois ???
C’est comme pour les films, j’aime souvent mieux ceux qui laissent passer un peu de maladresse, parce qu’ils me touchent. Et c’est comme pour la musique, quand il y a la liberté d’être avant de paraître devant les autres : je respire !
Bon, c’est bien la comédie française, c’est même très bien, trop bien peut-être… Voyez-vous, ce qui serait bien, ce serait qu’à la comédie française, ils essaient des trucs un peu « casse-gueule »… mais en même temps l’on comprend que leur mission ce soit « le répertoire ». Bref, c’est autre chose quoi, que la MC.
Mais que fait la Maire de Bobigny pour vous ? C’est une femme, quand même, elle devrait comprendre !!! Et ben non : Et hop ! la comédie française à la place de la MC, et un petit zénith à la place de Canal 93 et un grand UGC pour le Magic (vous voyez, je suis « du coin »)… et des cars de touristes pour la petite gare « de transit »… Vous pourriez pas lui offrir « la grenouille et le bœuf » ??? C’est le bronx qui se prend pour manhattan tout ça, ça va mal finir… et il ne me restera plus que le plaisir, dans quelques années, de voir repartir la comédie parce que faire venir le public de Bobigny ou à Bobigny, c’est vraiment trop dur et ça c’est pas ce qu’on sait faire… d’ailleurs qui sait le faire ? sinon la permanence des projets et l’ancrage des équipes.
… et puis je vais finir par m’ENERVER : qui s’occupe de culture à la mairie - la Maire, on a compris qu’elle y comprend rien ? Comment sont formés les responsables culturels ? C’est quand même pas sorcier, mais faut s’aider des expériences passées : Vilar, Pottecher, Molière, Dario Fo…. il faut quand même pas leur expliquer cela aussi, quand même !!!
Saine colère contre l’inhumanité ….. qui ne trouve plus de lieux pour la dire….AU SECOURS !
END (That’s all folks) Marie